Baudelaire, Toujours

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« Avec son visage, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. 

Si c’eût été un pauvre vieil homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ? » 

« Les fenêtres », Petits poèmes en prose (Le Spleen de Paris

Pascal Quignard, Les désarçonnés

Citation

« Il faut savoir s’engager au coeur de la forêt, gagner la fontaine que la vieille langue, jadis, appelait tout simplement le « font ».

Il faut savoir répondre dans le vide. Ce sont les livres. Il faut savoir se perdre dans le vide. C’est la lumière dans laquelle on les lit. Il ne faut répondre aux autres qu’en créant. Il faut laisser tomber toutes les autres formes de répliques. (…) Ne jamais se soumettre à l’hostilité qui ne connaît plus de remède et au désarroi d’y appliquer son attention.

Créer c’est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n’existe pas.

Créer est le seul bon terrain qui soit au monde.

Car cette « terre » qui soudain surgit sous les yeux de celui qui la crée n’existe pas avant sa création. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés, éd. Grasset, 2012

Imre Kertész, Journal de galère

Citation

« Mon seul souhait est de n’être tourmenté que par des angoisses métaphysiques. »

« Une époque est révolue, une certaine attitude humaine semble désormais appartenir irrémédiablement au passé, comme un âge de la vie, comme la jeunesse. Quelle était cette attitude ? L’émerveillement devant la création; la pieuse admiration pour le fait que la matière corruptible -le corps humain- soit vivante, possède une âme; mais l’admiration pour l’existence du monde est passée et, avec elle, le respect de la vie, la piété, la joie, l’amour. Le meurtre à succédé à cette époque (…) en tant que forme d’existence, attitude « naturelle » qu’on adopte et qu’on applique à la vie et aux êtres vivants (…) »