« Dans ce temps d’ombre misérable »

« En dépit du plaisir du vin, du vent qui effeuille les roses, au son des harpes, ne bois plus. Boire le vin est défendu.

Retrouverais-tu le hanap et le compagnon pour y boire ? Les temps sont durs, les temps sont noirs. L’hiver de la soif est venu.

Cache au plus secret de ta robe la coupe où tu posais tes lèvres, et sois prudent: rouge est la pluie, le sang au ciel est suspendu !

De tes larmes va-t-en laver les gouttes de vin de ta robe. Nous voici dans les dévotions, les pénitences, et rompus !

Il pleut une pluie de malheurs. Là-haut le ciel est comme un crible. Ta tête tombe, ô Théodose ! Chosroès, ta couronne a chu !

Va-t-il se renverser, le monde ? Le bonheur a fui. Dans les jarres le vin n’est plus que de la lie, ce qui reste de ce qui fut.

Va t’en, Hâfiz, dans tes poèmes… On dit que la Perse les aime, et qu’on t’espère dans Bagdad, où chacun te loue et t’a lu. »

Hâfiz, Le livre d’or du Divân