Louise Michel

« À Clemenceau et à Marboeuf qui venaient la visiter dans sa cellule:

– Comprenez-moi, Messieurs, j’aime être en prison. J’aime lire. De toutes les manières on passe sa vie en cage. On a l’impression de ne pas cesser un instant de limer les barreaux de sa cellule pour se retrouver dans une cellule plus grande. Chaque fois il s’agit bien sûr d’un élargissement mais ce n’est pas l’espace lui-même. J’aime être seule, j’aime lire, j’aime apprendre, j’aime étudier, j’aime écrire. Dès que la porte de la geôle se referme sur moi mon angoisse s’efface. En prison ma pensée est libre. Les soucis d’argent ne m’embarrassent plus. Je ne voudrais plus jamais de grâce. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés

« Il ne faut répondre aux autres qu’en créant. Il faut laisser tomber toutes les autres formes de répliques. (…) Ne jamais se soumettre à l’hostilité qui ne connaît plus de remède et au désarroi d’y appliquer son attention. Créer c’est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n’existe pas. Créer est le seul bon terrain qui soit au monde. Car cette « terre » qui soudain surgit sous les yeux de celui qui la crée n’existe pas avant sa création. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés

Mourir de penser, Pascal Quignard

« Rachord est formel sur un dernier point: le Surmoi déteste se mouiller.

Plutôt les pieds au sec et l’approbation des autres dans la chaleur de l’enfer que le paradis seul.

Ainsi celui qui pense est au paradis. Cela ne fait aucun doute. Mais au paradis, il est tout seul, tout nu, sans morts, grelottant, les deux pieds mouillés. »

Pascal Quignard, Les Larmes

« Je suis sorti d’une femme et je me suis retrouvé face à la mort. Où se perd mon âme dans la nuit ? Dans quel monde réside-t-elle ? »

« Si l’on veut éviter la mort, il faut se mettre à genoux, chaque soir, au bas de sa couche de fougères ou de son lit de paille, et réciter dans son cœur la comptine qui convient aux myrtilles. » 

« (…) la face si nue et si plate et si épouvantée des humains. » 

« Les lichens forment des landes où s’avancent les petits escargots qui sont autant de petits cavaliers francs aux caparaçons tortillés et brunâtres qui envahissent le monde et s’y sont rétrécis. La mer naît de leur bave. » 

« On ne sait pas ce que peut signifier ce cri que la mer pousse infiniment dans l’espace à rien qu’on voit, si loin avant que les oreilles existent, si loin avant que la vie elle-même naisse sur la planète au fond des différents océans énigmatiques de la mer unique sinon homogène qui la ceint. »

« Pourquoi y eut-il tant de sons avant que les pavillons se dessinent le long des parois des visages, se percent, s’ouvrent ? » 

« D’où viennent les bois dans les ramures ? » 

Pascal Quignard, Les désarçonnés

Citation

« Il faut savoir s’engager au coeur de la forêt, gagner la fontaine que la vieille langue, jadis, appelait tout simplement le « font ».

Il faut savoir répondre dans le vide. Ce sont les livres. Il faut savoir se perdre dans le vide. C’est la lumière dans laquelle on les lit. Il ne faut répondre aux autres qu’en créant. Il faut laisser tomber toutes les autres formes de répliques. (…) Ne jamais se soumettre à l’hostilité qui ne connaît plus de remède et au désarroi d’y appliquer son attention.

Créer c’est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n’existe pas.

Créer est le seul bon terrain qui soit au monde.

Car cette « terre » qui soudain surgit sous les yeux de celui qui la crée n’existe pas avant sa création. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés, éd. Grasset, 2012