« C’est une époque qui juge tout le monde si sévèrement à travers la lorgnette de la politique identitaire que vous êtes d’une certaine façon foutu si vous prétendez résister au conformisme menaçant de l’idéologie progressiste, qui propose l’inclusion universelle sauf pour ceux qui osent poser des questions.
Chacun doit être le même et avoir les mêmes réactions face à n’importe quelle œuvre d’art, n’importe quel mouvement, n’importe quelle idée, et si une personne refuse de se joindre au chœur de l’approbation, elle sera taxée de racisme ou de misogynie. C’est ce qui arrive à une culture lorsqu’elle ne se soucie plus du tout d’art.
(…)
En tant qu’écrivain, je dois croire à la liberté de parole, quoi qu’il arrive – plus simple et plus vrai, il est difficile de faire mieux.
Parce que, une fois que vous vous mettez à choisir comment les gens peuvent et ne peuvent pas s’exprimer, s’ouvre une porte qui donne sur une pièce très sombre dans la grande entreprise, depuis laquelle il est vraiment impossible de s’échapper. Peuvent-ils en échange policer vos pensées, puis vos sentiments et vos impulsions ? Et à la fin, peuvent-ils policer vos rêves ? »

Bret Easton Ellis, White

Denis de Rougemont, La part du Diable

« Ceux qui n’ont pas encore compris que la liberté est le fondement vivant de l’ordre; qu’ elle ne peut être donnée à personne, mais seulement assumée par chacun comme un risque sans précédent; qu’ elle est « incompatible avec la faiblesse » (…) c’est-à-dire incompatible avec l’égoïsme, l’insignifiance et l’esprit de combine, l’arrivisme, l’opportunisme et la fuite devant les responsabilités, la bêtise vaniteuse et la paresse de pensée, le respect de l’argent, le ton hâbleur, le bluff et le sentimentalisme qui font toute la démagogie, le culte du succès facile et hasardeux, la peur des coups, la peur des paroles claires, (…) ceux qui n’ont pas encore compris que la liberté est foncièrement incompatible avec tout cela; ceux qui ne savent pas prouver qu’ils l’ont compris – ceux-là n’ont aucun droit de se dire démocrates, ils ne méritent rien de mieux qu’ un dictateur.

Ceux qui n’ont pas encore compris que liberté égale responsabilité, ceux-là n’ont aucun droit de revendiquer une liberté dont ils ne sauraient rien tirer s’ils la recevaient par impossible, et qui leur ferait plus peur qu’envie s’ils en savaient les conditions. »