« C’est une époque qui juge tout le monde si sévèrement à travers la lorgnette de la politique identitaire que vous êtes d’une certaine façon foutu si vous prétendez résister au conformisme menaçant de l’idéologie progressiste, qui propose l’inclusion universelle sauf pour ceux qui osent poser des questions.
Chacun doit être le même et avoir les mêmes réactions face à n’importe quelle œuvre d’art, n’importe quel mouvement, n’importe quelle idée, et si une personne refuse de se joindre au chœur de l’approbation, elle sera taxée de racisme ou de misogynie. C’est ce qui arrive à une culture lorsqu’elle ne se soucie plus du tout d’art.
(…)
En tant qu’écrivain, je dois croire à la liberté de parole, quoi qu’il arrive – plus simple et plus vrai, il est difficile de faire mieux.
Parce que, une fois que vous vous mettez à choisir comment les gens peuvent et ne peuvent pas s’exprimer, s’ouvre une porte qui donne sur une pièce très sombre dans la grande entreprise, depuis laquelle il est vraiment impossible de s’échapper. Peuvent-ils en échange policer vos pensées, puis vos sentiments et vos impulsions ? Et à la fin, peuvent-ils policer vos rêves ? »

Bret Easton Ellis, White

Baudelaire, Éloge du maquillage

« La femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une sorte de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle; il faut qu’ elle étonne, qu’ elle charme; idole, elle doit se dorer pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits. Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et l’effet toujours irrésistible. »

Philippe Muray, Festivus, festivus, Conversations avec Élisabeth Lévy

« Avec l’artiste contemporain, c’est-à-dire le post-homme (ou femme) dans toute sa splendeur, on a enfin, face à face, l’effroyable monstre de l’avenir : l’homme n’est plus un loup pour l’homme, c’est bien pire, c’est un artiste pour l’artiste. »

« On n’est plus dans la reconnaissance par les autres qu’exigeait naguère encore l’acquisition du statut d’artiste, on est dans l’auto-nomination, dans l’auto-sacre. Principe infernal d’identité : je suis artiste parce que je suis artiste. »

« Les intermittents du spectacle veulent devenir les permanents de la reconnaissance acquise et définitive. (…) Ainsi réinventent-ils, sans doute ingénument, l’agréable statut des artistes tel qu’il existait dans l’URSS de Staline ou de Brejnev. (…) Il faut se moquer d’eux. Uniquement et cruellement se moquer. Rire. Rire (avant d’en pleurer) de cette première prétention qui est la leur de se dire artistes avant qu’on l’ait dit d’eux (or, en art, c’est justement celui qui le dit de lui-même qui n’y est pas du tout). Rire, rire sans cesse et sans retenue de leurs insoutenables illusions.(…) Rire parce qu’ils sont les ténèbres du moderne qui se prennent pour la lumière. »

« La transcendance me paraît la meilleure manière de refuser la société actuelle et de se désolidariser radicalement de ses pitoyables valeurs comme de ses pitreries optimistes les plus blafardes. »

Imre Kertész, Journal de galère

Citation

« Mon seul souhait est de n’être tourmenté que par des angoisses métaphysiques. »

« Une époque est révolue, une certaine attitude humaine semble désormais appartenir irrémédiablement au passé, comme un âge de la vie, comme la jeunesse. Quelle était cette attitude ? L’émerveillement devant la création; la pieuse admiration pour le fait que la matière corruptible -le corps humain- soit vivante, possède une âme; mais l’admiration pour l’existence du monde est passée et, avec elle, le respect de la vie, la piété, la joie, l’amour. Le meurtre à succédé à cette époque (…) en tant que forme d’existence, attitude « naturelle » qu’on adopte et qu’on applique à la vie et aux êtres vivants (…) »