Récitals de poésie

Vénus et Adonis

Vénus et Adonis, Émilie Pothion

Le porc amoureux, Émilie Pothion 

Williams Shakespeare

Traduction d’Yves Bonnefoy

Interprétation et mise en scène d’Emilie Pothion

« Les torches sont faites pour éclairer, les joyaux pour être portés, les friandises pour être goûtées, la beauté naissante pour être possédée, les herbes pour être respirées, les plantes pleines de sève pour produire d’autres plantes. Ce qui ne croît que pour soi est une offense à la loi de croître. Les semences naissent des semences, la beauté engendre la beauté (…) »

Ainsi Vénus tente-t-elle de séduire le jeune chasseur qu’elle aime dans le poème narratif de Shakespeare “Vénus et Adonis”, inspiré des Métamorphoses d’Ovide.
Déployant toutes les ressources poétiques de la parole, la Déesse s’évertue ici avec opiniâtreté à convaincre le chaste Adonis de céder enfin à son désir.

Tantôt solennelle, tantôt farcesque, l’oeuvre nous invite à méditer sur la nature étrange, complexe, de ce que nous nommons communément l’Amour.
Outre le désir amoureux, c’est notre attitude face au monde que le poème interroge: d’une part à travers la confrontation de la prodigue Vénus et du chaste Adonis, d’autre part, par la mise en scène des puissances créatrices et destructrices de la parole, tour à tour chant et malédiction, célébration ou lamento.

Dans la forêt, les héros se livrent à une féroce joute oratoire et physique.
La touffeur, les clartés et les ombres des éléments semblent faire écho au trouble qui les habite et auquel le poète tâche de donner forme.
Dans une composition virtuose et luxuriante, il offre une série de variations sur le désir amoureux.
Tableaux et situations érotiques se reflètent à l’infini pour tenter de saisir l’infracassable noyau de nuit de l’être.

Le poème s’apparente ainsi à un joyau baroque à la beauté ambigue et bizarre, chaque stance constituant un ornement à la préciosité essentielle qui semble mettre en pratique le projet amoureux et éthique de Vénus.

Images et métaphores n’ont de cesse de se féconder, imitant le processus de la vie dans toute son ardeur.  Allitérations, jeux de mots et assonnances créent une langue chatoyante, musicale et savoureuse affrontant avec panache le caractère monstrueux des êtres et des choses.

Emilie Pothion

Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence

méduseChoix des textes et mise en scène d’Emilie POTHION
Musique extraite des Tormenti d’amore de Carlo Gesualdo
Avec Amandine BAUWIN, Virginie KROTOSZYNER, Antoine MOTTE dit FALISSE, Emilie POTHION et Simon WILLAME

« Mais voilà qu’un poète (…) entamait pour moi l’éternel dialogue du jour et de la nuit. »

Suzanne Lilar, Une enfance gantoise

« Que veux-tu, je ne sais si cette négligence / Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence/  Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs / Relevaient de ses yeux les timides douceurs (…) »

                                                                                     Racine, Britannicus, II, 2.

Ainsi sont posés, dans Britannicus, les éléments qui composent le tableau du ravissement de l’empereur Néron par sa captive Junie. Avec une grande pureté et une puissance évocatoire inouïe, cette énumération révèle ce qu’est l’essence même de la poésie de Racine : un combat entre l’ombre et la lumière, entre la parole et l’indicible, l’humain et ce qui le dépasse. Elle suggère que le théâtre n’est pas seulement un lieu social où l’on s’expose ; il est cet espace paradoxal où l’on cherche à se dérober au monde pour écouter ou proférer des paroles inouïes, accomplir des gestes à la fois sacrilèges et sacrés.

Ourlée de vide et de noir, la parole de Racine perce autant qu’elle accroît l’obscurité et le silence dont elle est issue. Tâchant de rendre compte de ce qui dépasse la raison, elle fait voir et entendre cela même qui met en péril la représentation : Tu frémiras d’horreur si je romps le silence, déclare ainsi Phèdre à Œnone. Les plus violents désirs, les passions les plus noires sont glacés dans une langue d’une maîtrise absolue. La parole du poète dilate ainsi le temps propre au trouble afin d’en saisir la plus vertigineuse image. Avec une précision et une lucidité sans égales, elle offre à voir ce moment où, ébloui et fasciné, l’homme se penche sur ses propres ténèbres et ne finit pas d’en contempler la noirceur, l’étrangeté éperdue.

                                                                                                        E.Pothion