Chants à l’encre noire

« Entre les hommes et les étoiles, il existe une relation généalogique. Les atomes qui nous composent ont une provenance stellaire. »

Michel Cassé, « Énergie noire », in Ligne de risque, n°20, La Parole védique, juin 2004.

Réalisés au rotring, à l’encre noire, ces dessins sont le théâtre d’une Nuit où déferlent une flore et une faune improbables. Des bouquets de mains et de pieds s’épanouissent, des doigts éperdus se tendent, quelques bouches ouvrent sur un gouffre sombre. Les corps éjaculent une dentelle noire devenant le ferment d’étranges pseudopodes. Si les traits fins du rotring semblent creuser l’abîme, ils le conjurent aussitôt; convertissant la sauvagerie de ce qui surgit par la douceur de l’ouvrage. L’écheveau d’encre tente de maîtriser les forces de déchirement et d’engloutissement auxquelles sont en proie les êtres ;  tâchant de «surféconder de beauté» leurs assauts en leur faisant prendre du jeu. Le terme «transfiguratif» serait peut-être propre à évoquer ce travail où, traversées par l’Insoutenable, les formes n’en finissent pas de se métamorphoser, tentant avec ferveur d’enchanter ce qu’elles ne sont que trop.

Émilie Pothion