« C’est une époque qui juge tout le monde si sévèrement à travers la lorgnette de la politique identitaire que vous êtes d’une certaine façon foutu si vous prétendez résister au conformisme menaçant de l’idéologie progressiste, qui propose l’inclusion universelle sauf pour ceux qui osent poser des questions.
Chacun doit être le même et avoir les mêmes réactions face à n’importe quelle œuvre d’art, n’importe quel mouvement, n’importe quelle idée, et si une personne refuse de se joindre au chœur de l’approbation, elle sera taxée de racisme ou de misogynie. C’est ce qui arrive à une culture lorsqu’elle ne se soucie plus du tout d’art.
(…)
En tant qu’écrivain, je dois croire à la liberté de parole, quoi qu’il arrive – plus simple et plus vrai, il est difficile de faire mieux.
Parce que, une fois que vous vous mettez à choisir comment les gens peuvent et ne peuvent pas s’exprimer, s’ouvre une porte qui donne sur une pièce très sombre dans la grande entreprise, depuis laquelle il est vraiment impossible de s’échapper. Peuvent-ils en échange policer vos pensées, puis vos sentiments et vos impulsions ? Et à la fin, peuvent-ils policer vos rêves ? »

Bret Easton Ellis, White

« Je tourne à une espèce de mysticisme esthétique (si les deux mots peuvent aller ensemble), et je voudrais qu’il fût plus fort. Quand aucun encouragement ne vous vient des autres, quand le monde extérieur vous dégoûte, vous alanguit, vous corrompt, vous abrutit, les gens honnêtes et délicats sont forcés de chercher en eux-mêmes quelque part un lieu plus propre pour y vivre. Si la société continue comme elle va, nous reverrons, je crois, des mystiques comme il y en a eu à toutes les époques sombres. Ne pouvant s’épancher, l’âme se concentrera. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louise Colet, 4 septembre 1952.

« Degas disait souvent que tout serait parfait si l’on pouvait être laissé tranquille, sans critiques, sans marchands, sans Salons, sans journalistes, sans hommes de lettres. Et il y a quelques raisons de croire qu’il le pensait vraiment. Peindre et appuyer les toiles contre le mur. Y revenir des heures plus tard -ou des décennies après (comme avec Melle Fiocre). Ne pas les faire sortir de la maison – et, une fois qu’elles étaient sorties, trouver des prétextes pour les reprendre et les retoucher. C’était là le rythme qui lui convenait. »

Roberto Calasso, La folie Baudelaire


« Même au milieu de l’existence moderne, et pour un homme tel que lui, il devait être possible de réduire toute action mondaine à n’être qu’un clapotis d’eau entendu jour et nuit, qui, bien qu’incessant, finit par faire partie du silence au sein duquel l’esprit est libéré. Et alors la vie de la chair, ses délices et ses tourments, et même le simple gagne-pain- les allées et venues quotidiennes au bureau ou à l’usine, l’exécution d’un travail qui semblait sans intérêt,-tout cela ne pourrait-il pas être considéré comme un labeur dont le sanctuaire spirituel est l’essence et la condition nécessaire ? (…) La solitude n’aurait pas de signification si elle n’était assiégée, ni la paix si elle n’était menacée. »

Fontaine, Charles Morgan