« Je tourne à une espèce de mysticisme esthétique (si les deux mots peuvent aller ensemble), et je voudrais qu’il fût plus fort. Quand aucun encouragement ne vous vient des autres, quand le monde extérieur vous dégoûte, vous alanguit, vous corrompt, vous abrutit, les gens honnêtes et délicats sont forcés de chercher en eux-mêmes quelque part un lieu plus propre pour y vivre. Si la société continue comme elle va, nous reverrons, je crois, des mystiques comme il y en a eu à toutes les époques sombres. Ne pouvant s’épancher, l’âme se concentrera. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louise Colet, 4 septembre 1952.

« Degas disait souvent que tout serait parfait si l’on pouvait être laissé tranquille, sans critiques, sans marchands, sans Salons, sans journalistes, sans hommes de lettres. Et il y a quelques raisons de croire qu’il le pensait vraiment. Peindre et appuyer les toiles contre le mur. Y revenir des heures plus tard -ou des décennies après (comme avec Melle Fiocre). Ne pas les faire sortir de la maison – et, une fois qu’elles étaient sorties, trouver des prétextes pour les reprendre et les retoucher. C’était là le rythme qui lui convenait. »

Roberto Calasso, La folie Baudelaire


« Même au milieu de l’existence moderne, et pour un homme tel que lui, il devait être possible de réduire toute action mondaine à n’être qu’un clapotis d’eau entendu jour et nuit, qui, bien qu’incessant, finit par faire partie du silence au sein duquel l’esprit est libéré. Et alors la vie de la chair, ses délices et ses tourments, et même le simple gagne-pain- les allées et venues quotidiennes au bureau ou à l’usine, l’exécution d’un travail qui semblait sans intérêt,-tout cela ne pourrait-il pas être considéré comme un labeur dont le sanctuaire spirituel est l’essence et la condition nécessaire ? (…) La solitude n’aurait pas de signification si elle n’était assiégée, ni la paix si elle n’était menacée. »

Fontaine, Charles Morgan

Louise Michel

« À Clemenceau et à Marboeuf qui venaient la visiter dans sa cellule:

– Comprenez-moi, Messieurs, j’aime être en prison. J’aime lire. De toutes les manières on passe sa vie en cage. On a l’impression de ne pas cesser un instant de limer les barreaux de sa cellule pour se retrouver dans une cellule plus grande. Chaque fois il s’agit bien sûr d’un élargissement mais ce n’est pas l’espace lui-même. J’aime être seule, j’aime lire, j’aime apprendre, j’aime étudier, j’aime écrire. Dès que la porte de la geôle se referme sur moi mon angoisse s’efface. En prison ma pensée est libre. Les soucis d’argent ne m’embarrassent plus. Je ne voudrais plus jamais de grâce. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés

Choses que l’on entend parfois avec plus d’émotion qu’à l’ordinaire

Le bruit des voitures, au matin, le premier jour de l’an. Le chant des oiseaux. À l’aurore, le bruit d’une toux, et, il va sans dire, le son des instruments.