« La merveille de la démocratie est qu’elle est vide, sans contenu. C’est une doctrine pour laquelle la règle est essentielle, avant même ce que prescrit la règle. Et le danger est que ce caractère essentiel de la démocratie puisse être considéré comme trop abstrait pour susciter le respect et l’admiration. La démocratie formelle est sans aucun doute la version la plus parfaite de la démocratie, mais aussi la plus inapplicable. Et cela d’autant plus si un certain méridien de l’histoire a été franchi et que les pressions démographiques, ethniques, psychiques deviennent écrasantes. C’est alors que resurgit la chimère de la démocratie directe dont le fondement est la haine de la médiation, laquelle devient facilement haine de la pensée en soi, indissolublement liée à la médiation. Sont et surtout seront d’autant plus précieux les îlots rescapés de démocratie formelle, frappés et souvent submergés par les flots de quelque chose qui, à des degrés divers, se révèle funeste. »

L’innommable actuel, Roberto Calasso