« Le dessin de caricature peut être cruel, dévalorisant, suggestif ou au contraire obscène. Dans tous les cas, il n’est pas là pour caresser sa cible dans le sens du poil mais bien pour en faire ressortir les aspérités, les contradictions, les hypocrisies, les aspects ridicules, dangereux, avec l’humour comme outil et, normalement, comme gilet pare-balles. Ce qui est représenté ne prétend pas être la réalité dans son entièreté : il en est une vision, une des visions possibles, celle du dessinateur, celle d’une critique sociale, politique ou idéologique. En ce sens, elle est une des expressions possibles et nécessaires de la démocratie. Chacun est libre de la regarder ou de s’en détourner. Elle ne s’impose à personne. Mais de même que pour accéder au second degré il faut accepter l’idée d’une pluralité de sens possibles, d’une pluralité d’interprétations, l’islam rigoriste dans son fonctionnement fondamentaliste ne tolère pas la polysémie ni la pluralité des exégèses. Tout doit être pris au pied de la lettre, ce qui est une des autres définitions de l’hystérie, et par conséquent le dessin de caricature sera lui-même ramené à une interprétation unique et totalisante jugée offensante et qu’il importera d’éradiquer puisqu’elle devient alors au sens propre insupportable. Dans ce contexte se surajoutent donc à la fois l’intolérance à l’opinion critique, au jugement divergent du dogme, à l’aptitude à l’autodérision, à la distanciation d’avec un sens unique imposé comme un carcan. C’en est trop pour une forme religieuse qui n’a de but que de s’imposer politiquement de façon totalitaire. C’en est également de trop pour tout un versant du sociétalisme postmoderne animé de Social Justice Warriors ne tolérant aucune forme d’humour puisque par principe chaque cause minoritariste s’éprouvera au prisme des offenses qu’elle est supposée subir et qui à la fois la caractérisent et la constituent ontologiquement : dis-moi de qui tu te prétends la victime et je te dirai qui tu es. »

Liberté d’inexpression, Anne-Sophie Chazaud

À Samuel Paty, professeur d’Histoire, décapité par un islamiste le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine , harcelé par des parents d’élèves, abandonné par ses collègues et sa hiérarchie.