« À l’issue de la procession, un groupe d’une cinquantaine de ligueurs excités, auquel s’était joint le claudicant Félix, décida de marcher sur la Sorbonne où une assistance nombreuse se pressait à l’écoute de ma leçon. Je ne fus pas témoin du premier choc – des plus rudes, me dit-on – car il se produisit au-dehors. Mais la rumeur enfla si brusquement qu’elle me contraignit à interrompre mon discours. Les auditeurs s’étaient tournés vers la rue d’où provenaient les cris, le bruit des coups et le cliquetis des épées. La peur se lisait sur de nombreux visages : les agresseurs étaient nombreux et mieux armés. Quant à la salle où nous nous trouvions, comme par un fait exprès, c’était une véritable souricière. En un instant les ligueurs gagnèrent du terrain et y pénétrèrent dans les cris d’effroi et les vociférations. Je devais apprendre plus tard qu’à ce moment-là deux étudiants gisaient déjà devant la chapelle, tués à coups de dague. »

L’homme incendié, Serge Filippini