Louise Michel

« À Clemenceau et à Marboeuf qui venaient la visiter dans sa cellule:

– Comprenez-moi, Messieurs, j’aime être en prison. J’aime lire. De toutes les manières on passe sa vie en cage. On a l’impression de ne pas cesser un instant de limer les barreaux de sa cellule pour se retrouver dans une cellule plus grande. Chaque fois il s’agit bien sûr d’un élargissement mais ce n’est pas l’espace lui-même. J’aime être seule, j’aime lire, j’aime apprendre, j’aime étudier, j’aime écrire. Dès que la porte de la geôle se referme sur moi mon angoisse s’efface. En prison ma pensée est libre. Les soucis d’argent ne m’embarrassent plus. Je ne voudrais plus jamais de grâce. »

Pascal Quignard, Les désarçonnés