Parfois, le monde m’irrite et m’ennuie; certes il me semble impossible de vivre un instant de plus. Je voudrais m’en aller et me perdre je ne sais où; mais si, alors, je mets la main sur du joli papier ordinaire très blanc, sur un bon pinceau, sur de l’épais papier blanc de fantaisie où sur du papier de Michinoku, je me sens disposée à rester encore un peu sur cette terre telle que je suis. Et aussi, quand je regarde, après l’avoir étalée, une natte verte, finement tressée, bordée d’une étoffe dont les dessins noirs se détachent nettement sur le fond blanc, je crois que vraiment, je ne pourrai jamais chasser le monde de ma pensée, je trouve même la vie précieuse. »

Sei Shônagon, Notes de Chevet, « Choses qui rendent heureux »