Philippe Muray, Festivus, festivus, Conversations avec Élisabeth Lévy

« Avec l’artiste contemporain, c’est-à-dire le post-homme (ou femme) dans toute sa splendeur, on a enfin, face à face, l’effroyable monstre de l’avenir : l’homme n’est plus un loup pour l’homme, c’est bien pire, c’est un artiste pour l’artiste. »

« On n’est plus dans la reconnaissance par les autres qu’exigeait naguère encore l’acquisition du statut d’artiste, on est dans l’auto-nomination, dans l’auto-sacre. Principe infernal d’identité : je suis artiste parce que je suis artiste. »

« Les intermittents du spectacle veulent devenir les permanents de la reconnaissance acquise et définitive. (…) Ainsi réinventent-ils, sans doute ingénument, l’agréable statut des artistes tel qu’il existait dans l’URSS de Staline ou de Brejnev. (…) Il faut se moquer d’eux. Uniquement et cruellement se moquer. Rire. Rire (avant d’en pleurer) de cette première prétention qui est la leur de se dire artistes avant qu’on l’ait dit d’eux (or, en art, c’est justement celui qui le dit de lui-même qui n’y est pas du tout). Rire, rire sans cesse et sans retenue de leurs insoutenables illusions.(…) Rire parce qu’ils sont les ténèbres du moderne qui se prennent pour la lumière. »

« La transcendance me paraît la meilleure manière de refuser la société actuelle et de se désolidariser radicalement de ses pitoyables valeurs comme de ses pitreries optimistes les plus blafardes. »