De l’ornement: Yves Bonnefoy, Les Tombeaux de Ravenne

« Peut-être la pierre nue eût-elle apporté l’angoisse. Peut-être un bloc grossier, défait, pillé, eût-il affirmé le néant. Mais les sarcophages de Ravenne, pour béants qu’ils demeurent sont ornés, et l’ornement les apaise.

Il y a dans l’ornement, au moins dans les réseaux de tresses et d’entrelacs, les rosettes et les rinceaux des tombes de Ravenne, une vertu qui d’abord ne s’explique pas. Pouvoir d’apaisement, ai-je dit, et de vertige, qui appelle et retient les yeux dans les recourbements du marbre, qui vit d’une vie subtile qui se fait sur le marbre par frémissement. Conjonction de la pureté d’une eau et de la fluidité d’une parure, d’une immobilité solennelle et de secrets mouvements, inexplicablement la pire angoisse s’y calme. »