Jean Ray, Les Cercles de l’Épouvante

« J’ai tracé à la craie des cercles sur le mur d’en face. Ils sont vides et noirs, mais ne le resteront pas.

Ce sont de grands hublots ouverts sur un monde à naître encore. Les mondes qui naissent, comme ceux qui meurent, sont pleins d’épouvante.

Bientôt, dans chacune de ces fenêtres rondes va s’encadrer un visage tordu par l’angoisse de l’inconnu.

Ainsi naissent les histoires qu’on se raconte à soi-même pour se rassasier de sa propre peur comme de sa propre chair. Et, après, on repasse aux autres les sanglants reliefs de ce festin barbare et divin.

Ainsi, dans la géhenne de Dante, en faisaient les sombres élus conviés au banquet du sang. »