Gaston Compère, Je soussigné, Charles le Téméraire, Duc de Bourgogne

« Ma destinée fut de descendre dans un entonnoir. J’en sortis dans la nuit. »

« On va, on vient, on est rien, ou presque, on passe dans les pierres, dans les arbres, dans les ventres des femmes fécondées, on est nuage, sel broyé, eau vive, améthyste, raclure, harnais, pourriture – rien en fait, de vieux rêves effilochées, de la dorure dédorée, la miniature sous le papier de verre, la gouache sous la pluie, le livre moisissant dans la bibliothèque. »

« Forêt, je m’enfonce dans ta chair verte et ta sève luminescente. »

« Ils dorment, ils mangent et boivent, ils excrètent, ils aiment, ils parlent, parce qu’il est dans leur nature de se livrer à tout cela, et de marchander, et de trahir, et de tuer, et d’user de la vie comme ils en usent. »

 » (…) tous ces hommes fermés sur leurs petits désirs, leurs convoitises sordides, leurs ambitions imbéciles, leurs espérances fades, leurs rêves écœurants… J’aurai été la victime des mouches. »

« À quoi est-ce que j’obéis pour l’instant sinon aux impulsions accidentelles d’une âme qui ne se résout pas à rentrer dans l’universel assentiment à l’horizontal, au plat, au repos (…) »

« J’écoutais la chanson cent fois chantée. Et la voix allait se déployant, fléchissant, osant les accents les moins attendus, et chaque note naissait à son moment, et il m’eût été impossible, dans l’ivresse même de l’émotion, de refuser que mourût chaque son, et jusqu’au son final qui me laissait dans la faiblesse et la force de l’extase. »

« La musique me dévoilait toujours un abîme et, en même temps, calmait l’angoisse qui m’en venait. »

« Qui nous trompe? Si j’étais encore des vivants, je dirais que la suprême habileté de Dieu est de nous persuader de notre liberté. »

« Et à quoi étais-je destiné sinon à redevenir poussière sous quelque dalle sculptée ? »

Simone Weil, La pesanteur et la grâce

« Aimer Dieu à travers la destruction de Troie et de Carthage, et sans consolation. L’amour n’est pas consolation, il est lumière. »

« Il ne faut pas pleurer pour ne pas être consolé. »

« Un mode de purification: prier Dieu, non seulement en secret par rapport aux hommes, mais en pensant que Dieu n’existe pas. »

« Le temps, à proprement parler n’existe pas (…) et pourtant c’est à cela que nous sommes soumis. Telle est notre condition. Nous sommes soumis à ce qui n’existe pas. »

« C’est une lâcheté que de chercher auprès des gens qu’on aime (ou de désirer leur donner) un autre réconfort que celui que nous donnent les œuvres d’art, qui nous aident du simple fait qu’elles existent. »

« (…) l’amour qu’on voue aux morts est parfaitement pur. »

« L’attention absolument sans mélange est prière. »

« Le regard et l’attente, c’est l’attitude qui correspond au beau. »

« Le théâtre immobile est le seul vraiment beau. »

« Le beau est la preuve expérimentale que l’incarnation est possible. »

« Dès lors, tout art de premier ordre est par essence religieux. »

« Il faut bien que nous soyons maudits, puisque nous avons perdu toute la poésie de l’univers. »

« Tout homme est esclave de la nécessité, mais l’esclave conscient est bien supérieur. »

« La relation sort violemment du social. Elle est le monopole de l’individu. La société est la caverne, la sortie est la solitude. »

« La méditation sur le mécanisme social est à cet égard une purification de première importance. »

« D’où nous viendra la renaissance, à nous qui avons souillé et vidé tout le globe terrestre? Du passé seul, si nous l’aimons. »

Cristina Campo, Les impardonnables 


(Sylvia Kristel dans Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol) 

« Pour (ces visages), cependant, la beauté bannie n’interrompt pas son périple inaperçu. La fleur, l’étoile, la mort, la danse continuent à se ressembler, et la ressemblance à mettre en déroute la terreur. Clarté, finesse, agilité, impassibilité. Assieds-toi contre le mur, lis Job et Jérémie. Attends ton tour, chaque ligne lue est profitable. Chaque ligne du livre impardonnable. » 

Valère Novarina, Pour Louis de Funès

« Le théâtre a été inventé pour y brûler la nuit toutes les figures humaines. »

« Car le visage de l’homme n’est pas un pot à tendre bêtement aux projecteurs et objectifs des photographes, mais une surface qui doit se déchirer, une face transfigurée et saisie par dedans qui doit trembler en deux par une force qui la prend et la pousse hors d’ici. »

« (Nous sommes) des animaux qui sont dressés pour renaître en parlant. » 

Huysmans, À rebours

« Ce sentimentalisme imbécile combiné avec une férocité pratique, représentait la pensée dominante du siècle (…) »

« (L’artiste) se rappelle des souvenirs d’êtres et de choses qu’il n’a pas personnellement connus, et il vient un moment où il s’évade violemment du pénitencier de son siècle et rôde, en toute liberté, dans une époque avec laquelle, par une dernière illusion, il lui semble qu’il eût été mieux en accord. »

« (…) lui aussi, il avait été obsédé par cette nostalgie, par ce besoin qui est en somme la poésie même, de fuir loin de ce monde contemporain qu’il étudiait (…) » 

Kamo No Chômei, Notes de ma cabane de moine

« Et ces hommes qui naissent et meurent, d’où viennent-ils, où vont-ils? Nous l’ignorons. De plus, ces hommes dans leurs demeures précaires, pour qui souffrent-ils, par quoi se réjouissent-ils ? Autant de questions insolubles. Les demeures humaines et leurs habitants rivalisent d’impermanence, disparaissent, et nous font penser à la rosée sur le liseron du matin. »

« J’ai eu le malheur de naître dans ce monde de décadence extrême, et il m’a fallu supporter la vue de ces gestes désolants. »

Baudelaire, Toujours

Citation

« Avec son visage, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. 

Si c’eût été un pauvre vieil homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ? » 

« Les fenêtres », Petits poèmes en prose (Le Spleen de Paris

« Celui-là seul est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir. » 

« Assommons les pauvres! »Petits poèmes en prose (Le Spleen de Paris)